Chaque année, 15 991 nouveaux cas de cancer du pancréas sont diagnostiqués en France. Cette incidence progresse régulièrement, en particulier chez les personnes de plus de 50 ans, avec une augmentation estimée à +1,6 % entre 2010 et 2023 chez les hommes et +2,1 % chez les femmes sur la même période. Cette dynamique en fait un enjeu majeur de santé publique : selon les projections, le cancer du pancréas pourrait devenir d’ici 2030 la deuxième cause de mortalité par cancer, alors qu’il occupe aujourd’hui la 4ᵉ à 5ᵉ place.
Un rajeunissement préoccupant des cas
À ces chiffres préoccupants s’ajoute une tendance émergente : une augmentation des cas chez les patients de moins de 50 ans, qui interroge sur le rôle possible de facteurs environnementaux, métaboliques ou génétiques, et renforce l’urgence de développer des stratégies de dépistage et de prise en charge plus efficaces.
Des standards mais peu d’alternatives
Sur le plan thérapeutique, la chirurgie, lorsqu’elle est possible, et la chimiothérapie restent aujourd’hui les piliers du traitement. Toutefois, la majorité des patients étant diagnostiqués à un stade avancé, les options curatives demeurent limitées. Les besoins non couverts sont particulièrement marqués en situation de maladie métastatique, notamment en troisième ligne, où les alternatives restent rares et les bénéfices modestes. Dans ce contexte, plusieurs pistes innovantes se démarquent : vaccins thérapeutiques en cours d’évaluation, ADC (anticorps conjugués), anticorps bispécifiques ou encore nouvelles générations d’inhibiteurs de tyrosine kinase.
Mutations KRAS : un marqueur majeur du cancer pancréatique
Un élément central dans la biologie du cancer du pancréas est la mutation du gène KRAS, présente chez près de 90 % des patients, et longtemps considérée comme difficile à cibler pharmacologiquement.
Une approche combinatoire testée dans des modèles murins
Dans ce cadre, une étude préclinique publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences a récemment suscité un vif intérêt. Elle évalue l’effet d’une triple combinaison associant le daraxonrasib (inhibiteur RAS(ON)), l’afatinib (inhibiteur de l’EGFR) et SD36, un dégradeur sélectif de STAT3 de type PROTAC. Testée in vitro et dans des modèles murins génétiquement modifiés d’adénocarcinome canalaire pancréatique, cette stratégie a montré des résultats prometteurs.
Ces données pourraient représenter une avancée importante dans l’identification de vulnérabilités thérapeutiques du cancer du pancréas. Néanmoins, elles ne sont pas transposables à la pratique clinique à ce stade. Une vigilance particulière s’ajoute d’ailleurs quant aux toxicités potentielles du PROTAC ciblant STAT3, susceptibles de s’ajouter à celles déjà connues des inhibiteurs de KRAS et de l’EGFR. Ces résutlats illustrent néanmoins un tournant potentiel vers une prise en charge plus personnalisée et innovante du cancer du pancréas.
Malgré un pronostic encore sombre et des options thérapeutiques limitées, le cancer du pancréas bénéficie aujourd’hui d’un regain d’intérêt scientifique porté par l’essor des thérapies ciblées et des stratégies combinatoires.
Sources