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Le point de vue de l'expert

En savoir plus sur les cancers gynécologiques - Septembre Turquoise

Publié le 15 sept. 2022

En savoir plus sur les cancers gynécologiques - Septembre Turquoise

Septembre turquoise est l’occasion de sensibiliser le grand public et les professionnels de santé aux cancers gynécologiques. Ces cancers regroupent les cancers de l'ovaire, du col de l'utérus, de l'endomètre, du vagin et de la vulve.

En 2020, 1,4 million de femmes ont été diagnostiquées avec des cancers gynécologiques : environ 44 % étaient des cancers du col de l'utérus, 29 % des cancers de l'endomètre, 23 % des cancers de l'ovaire et moins de 5 % des cancers de la vulve ou du vagin. L'Europe représentait plus de 20% des nouveaux cas dans le monde avec 274 000 cas.

En 2040, on estime le nombre de nouveaux cas de cancers gynécologiques dans le monde à 1,95 million et en Europe à 295 000.

Le cancer de l’ovaire est responsable d’environ 5 320 cas et 3 935 décès par an en France. Ces chiffres en font la 5ème cause de décès tous cancers confondus chez les femmes et la 1ère cause de décès par cancer gynécologique. Ce cancer apparaît le plus souvent après la ménopause, l’âge moyen au moment du diagnostic étant de 65 ans. Si l’incidence du cancer ovarien reste faible, c’est une pathologie au sombre pronostique avec une mortalité très élevée : l’absence de symptôme précis à un stade précoce et le manque de dépistage aboutit à un diagnostic tardif. De ce fait, le cancer de l’ovaire est souvent diagnostiqué à un stade avancé (70 % à 75 % des cas aux stades III ou IV). A ces stades, la survie à 5 ans est alors d’environ 30 à 40%. A l’inverse, lorsque la pathologie est détectée lorsque la tumeur présente une localisation limitée aux ovaires, le taux de survie des patientes à 5 ans est de 90%.

Dans environ 1 cas sur 10, le cancer de l’ovaire a une cause génétique. Les femmes âgées de moins de 70 ans, atteintes d’un cancer de l’ovaire, se voient proposer une consultation d’oncogénétique afin de rechercher une éventuelle cause génétique du cancer.

Le cancer de l’endomètre est le cancer gynécologique le plus fréquent, il est responsable d’environ 10 982 cas et 2 698 décès par an en France. Ces chiffres en font la 8ème cause de décès tous cancers confondus chez les femmes.

C’est également le cancer le plus fréquent des cancers gynécologiques chez les femmes ménopausées. L’âge moyen au moment du diagnostic est de 68 ans. Le cancer de l’endomètre reste le cancer qui se guérit le mieux parmi les cancers gynécologiques, la survie à 5 ans étant de 76 %.

Il n’existe pas de moyen de dépistage pour le moment pour le cancer de l’ovaire et le cancer de l’endomètre, cependant il est important de recommander des consultations régulières chez le gynécologue, même après la ménopause.

Le cancer du col de l’utérus est responsable de 3 379 nouveaux cas et de 1 452 décès en France en 2020. On distingue deux types de carcinomes du col de l’utérus : les carcinomes épidermoïdes (85% des cas), qui se développent au niveau de l’exocol et les adénocarcinomes (15% des cas), qui se développent dans l’endocol.

Dans presque 100% des cas, le cancer du col de l’utérus est lié à une infection virale causée par le papillomavirus humain (HPV). Depuis 2018, un programme national de dépistage organisé est mis en place. Il repose sur deux tests réalisés après frottis (prélèvement de cellules au niveau du col utérin). La vaccination contre les infections à HPV vient compléter le dispositif de prévention. Elle est proposée aux jeunes filles et aux jeunes garçons entre 11 et 14 ans.

Le cancer de la vulve est une maladie rare. En 2020, 1114 nouveaux cas ont été diagnostiqués ce qui représente légèrement plus de de 5 % des cancers féminins. Le cancer de la vulve survient le plus souvent chez la femme âgée longtemps après la ménopause. Cependant le nombre de femmes plus jeune est en augmentation. Cette augmentation est corrélée au nombre d’infection par le HPV. À noter qu’il exister un état précancéreux de la vulve appelé néoplasie intra-épithéliale vulvaire (VIN).

Le cancer du vagin représente moins de 1% des cas de cancers chez la femme et est le plus rare des cancers gynécologiques. Les métastases vaginales ou l'extension locale des structures gynécologiques adjacentes sont plus fréquentes que les tumeurs primitives du vagin. 207 nouveaux cas ont été recensés en 2020, en France. L'âge moyen au diagnostic est de 60 à 65 ans. Les facteurs de risque sont également l’infection par HPV et un antécédent de cancer du col ou de la vulve.

Dépistage et prévention des cancers gynécologiques

Comme tous les cancers, un diagnostic précoce est associé à un meilleur pronostic. Il existe actuellement dans les cancers gynécologiques en France un seul dépistage : celui pour le cancer du col de l’utérus.

Depuis mai 2018, il existe un programme de dépistage organisé pour ce cancer. Deux types de tests sont réalisés selon la catégorie d’âge dont les modalités sont les suivantes : • De 25 à 29 ans : frottis avec examen cytologique tous les 3 ans (sous condition de deux premiers tests effectués à 1 an d’intervalle dont les résultats sont normaux) • De 30 à 65 ans : frottis avec test HPV, le premier test est à réaliser 3 ans après le dernier test cytologique puis tous les 5 ans si le premier test était négatif.

L’examen cytologique repose sur une observation microscopique des cellules prélevées afin d’éventuellement identifier des lésions pré-cancéreuses. Le test HPV est quant à lui un génotypage permettant de mettre en évidence la présence de papillomavirus et dans un second temps, si le résultat est positif, d’identifier la souche du virus. Un test HPV positif n’est cependant pas toujours synonyme de cancer. Près de 80% de la population (homme comme femme) sera infecté au cours de sa vie par un papillomavirus mais l’infection persistera dans seulement 10% des cas. De plus on distingue de nombreuses souches de HPV différentes associées à un risque carcinogène plus ou moins important : les HPV 16 et 18 sont les virus à plus haut risque et sont responsables à eux seuls de 80% des cancers du col de l’utérus.

Il n’existe pas de dépistage à ce jour dans les autres cancers gynécologiques, dû au fait qu’il n’existe pas de méthode de dépistage efficace avec des outils simples, fiables, reproductibles et valides.

En lieu du dépistage, une surveillance rapprochée peut-être proposée pour les patientes présentant des facteurs de risques pour certains cancers. Cette surveillance se traduit par des consultations plus régulières et des examens de confirmation en cas de suspicion.

De manière générale, la survenue de saignements en dehors des règles ou après la ménopause doit être un signe d’alerte déclenchant la mise en place d’examens pour en déterminer la cause.

Aux mesures de dépistage permettant un meilleur pronostic s’associent des mesures de prévention visant à réduire l’incidence des cancers.

La seule mesure de prévention actuelle dans les cancers gynécologiques est la vaccination contre le papillomavirus, celle-ci permettant la prévention de près de 90% des infections responsables de cancer. Bien que surtout évoquée dans le cancer du col de l’utérus, la vaccination joue aussi un rôle de prévention dans 5 autres types de cancer chez les femmes dont notamment le cancer de la vulve et du vagin mais aussi chez les hommes.

La vaccination contre le HPV se fait chez les adolescents, filles comme garçons, selon un schéma vaccinal différent selon la catégorie d’âge. Elle est recommandée chez les jeunes femmes depuis 2006 en Europe et chez les jeunes hommes depuis 2021.

Depuis la mise sur le marché des différents vaccins contre le papillomavirus de nombreuses études ont prouvé l’efficacité et l’innocuité de ces vaccins.

- Un vaccin quadrivalent (contre HPV16,18,6 et 11) a démontré une efficacité de 100% dans la réduction des lésions cervicales, vulvaires et vaginales chez plus de 17 600 femmes (Munoz N et al, 2010). Cette protection est, de plus, durable dans le temps avec une protection comprise entre 80 et 100%, 10 à 12 ans après la vaccination.

- Deux études, réalisées dans des pays avec une fore couverture vaccinale, une en Suède avec un vaccin quadrivalent (Lei J. et al, 2020) et une au Royaume-Uni avec un vaccin bivalent (Falcaro M. et al, 2021), ont démontrées que la vaccination permettait de diminuer le risque de cancer du col de l’utérus. L’étude au Royaume-Uni montre que le risque d’avoir un cancer du col de l’utérus est diminué de 34% pour une vaccination entre 16 et 18 ans et de 87% pour une vaccination entre 12 et 13 ans.

- Il a aussi été montré dans les deux études, que l’efficacité était inversement corrélée à l’âge, plus le sujet est vacciné tôt plus l’efficacité était importante. Dans l’étude suédoise l’incidence est de 4 cas de cancer du col de l’utérus pour 100 000 personnes pour une vaccination avant 17 ans contre 54 cas pour 100 000 personnes pour une vaccination à 17 ans. Cela est notamment dû à une réponse immune plus importante chez les jeunes et au fait qu’ils ne sont pas sexuellement actifs.

La couverture vaccinale française est encore assez faible, celle-ci variant entre 15 et 30% selon les années. Cependant il a été montré qu’un couverture vaccinale faible ne permet pas de bénéficier de l’immunité collective. Il est donc probable que l’efficacité de la vaccination en France devienne limitée dans les années à venir si la couverture vaccinale ne s’étend pas. Il est donc important, en ce mois de prévention des cancers gynécologiques, de promouvoir l’importance du dépistage et de la prévention.

#Tous concernés • HAS • Fondation ARC • INCa • Santé.gouv • Munoz N., Kjaer S.K., Sigurdsson K., et al. Impact of human papillomavirus (HPV)-6/11/16/18 vaccine on all HPV-associated genital diseases in young women. J Natl Cancer Inst, 102 (5) (2010), pp. 325-33 • Pierre Couraget, Antoine Touzé. Vaccins et vaccination contre les papillomavirus. Revue Francophone des Laboratoires, Volume 2022, Issue 540, 2022, Pages 61-70. • Lei J., Ploner A., Elfstrom K.M., et al. HPV Vaccination and the Risk of Invasive Cervical Cancer. N Engl J Med, 383 (14) (2020), pp. 1340-1348 • Falcaro M., Castañon A., Ndlela B., et al. The effects of the national HPV vaccination programme in England, U.K. on cervical cancer and grade 3 cervical intraepithelial neoplasia incidence: a register-based observational study.Lancet, 398 (10316) (2021), pp. 2084-2092

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