Et si les monocytes devenaient les prochains soldats de l'immunothérapie ? C'est le pari audacieux du projet MONO-CHEM, lancé le 5 mai 2026 et doté de 3 millions d'euros dans le cadre de France 2030. Coordonné par Gustave Roussy, ce projet pourrait changer la donne pour les patients atteints de tumeurs solides, là où les CAR-T actuels montrent leurs limites.
Les CAR-T : révolutionnaires, mais pas pour tout le monde
Les thérapies CAR-T à base de lymphocytes T modifiés ont transformé la prise en charge des cancers hématologiques. Leur efficacité dans les lymphomes, les leucémies ou le myélome est désormais établie. Mais pour les tumeurs solides (sein, poumon, côlon, rein) les résultats restent décevants. La raison : les tumeurs solides sont de véritables forteresses. Elles bloquent l'accès des cellules immunitaires, les neutralisent, et s'entourent d'un microenvironnement hostile qui épuise les lymphocytes T avant qu'ils n'atteignent leur cible.
Les monocytes comme chevaux de Troie
MONO-CHEM prend le problème à l'envers. Plutôt que d'envoyer des lymphocytes T se heurter aux défenses tumorales, le projet mise sur les monocytes qui est un autre type de cellules immunitaires, naturellement attirées par les tissus tumoraux. Les monocytes migrent spontanément vers les tumeurs, pénètrent leurs tissus, et peuvent détruire directement les cellules cancéreuses. L'idée est de les armer d'un récepteur chimérique (CAR) pour en faire des CAR-monocytes universels : des cellules capables d'infiltrer la tumeur de l'intérieur, comme un cheval de Troie.
Un consortium national d'excellence
Le projet réunit un consortium multidisciplinaire à la hauteur de l'ambition : Gustave Roussy coordonne les travaux avec Jean-Luc Perfettini et Alexandre Detappe, en lien avec l'IHU PRISM. L'Inserm et l'Université de Lille apportent leur expertise en immunologie, le CHRU de Nancy et l'Université de Lorraine assurent l'intégration industrielle, et le CEA garantit le transfert vers les Bonnes Pratiques de Fabrication, étape indispensable avant tout passage en clinique.
Pourquoi c'est important pour les soignants
En quatre ans, MONO-CHEM ambitionne de construire en France une expertise mondiale dans les immunothérapies cellulaires à base de monocytes , un domaine quasi vierge. Si les résultats sont au rendez-vous, cette technologie pourrait ouvrir la voie à des essais cliniques dans des cancers pour lesquels l'immunothérapie cellulaire n'était jusqu'ici pas envisageable. Une perspective à suivre de près.
Source : Gustave Roussy — Programme France 2030 BBTI, piloté par l'Inserm et le CEA — 05/05/2026
https://www.gustaveroussy.fr/fr/news-un-financement-de-trois-millions-deuros-de-france-2030-pour-faire-dune-therapie-cellulaire