Le congrès ESMO 2025 a confirmé la place centrale de l’immunothérapie dans la prise en charge du cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC) métastatique, en particulier chez les patients exprimant fortement PD-L1. Le standard actuel repose sur le pembrolizumab, le cémiplimab ou l’atézolizumab en monothérapie lorsque l’expression de PD-L1 dépasse 50 %, ainsi que sur la chimio-immunothérapie selon les recommandations ESMO. Cette stratégie s’est construite sur les résultats historiques de l’étude KEYNOTE-024, dont les données actualisées à 10 ans ont été dévoilées cette année.
KEYNOTE-024 : la première démonstration d’un bénéfice durable à 10 ans
KEYNOTE-024 compare le pembrolizumab à la chimiothérapie en première ligne chez les patients PD-L1 ≥50 %. Si l’avantage en PFS médiane reste modeste (5,5 versus 7,7 mois), l’enjeu principal réside dans la profondeur et la durabilité des réponses immunologiques. À cinq ans, 13 % des patients restaient sans progression et 32 % étaient toujours vivants, ouvrant la voie à la notion de long-répondeurs en contexte métastatique.Les données à 10 ans confirment cette tendance : 13 % des patients demeurent non-progresseurs sur le très long terme, 24 % sont vivants (34 % en survie spécifique au cancer), et les courbes de survie tendent vers une horizontalisation, traduisant la quasi-absence d’événements tardifs liés au cancer. Ces résultats soulignent non seulement l’efficacité durable du pembrolizumab, mais aussi l’importance croissante de la prise en charge des comorbidités chez les patients survivants à long terme.
Ivonecimab : une nouvelle génération d’immunothérapie bispécifique
Pour augmenter encore la proportion de patients répondeurs à long terme, l’une des pistes les plus prometteuses est l’ivonecimab, une immunothérapie bispécifique couplant un anti-VEGF et un anti-PD1. Le VEGF, au-delà de son rôle dans l’angiogénèse, favorise l’immunosuppression via l’augmentation des cellules T régulatrices et la diminution des lymphocytes CD8 activés. Le double ciblage de l’ivonecimab pourrait ainsi amplifer l’efficacité antitumorale.L’étude HARMONY-2, menée en Chine, rapporte un hazard ratio de 0,46 chez les patients PD-L1 ≥50 % par rapport au pembrolizumab, indépendamment de l’histologie. La tolérance est dominée par des effets anti-angiogéniques (hypertension, protéinurie, événements hémorragiques), nécessitant une surveillance spécifique. Une étude internationale, HARMONY-7, compare actuellement l’ivonecimab au pembrolizumab dans cette même population.