30 patients atteints de cancer ou en rémission sont sur les starting-blocks. Ils se préparent à parcourir 715 km à vélo entre Menton et Perpignan. Une équipe médicale et un staff technique les épauleront tout au long de cette course cycliste. Porté par le centre de soins de support « La Tête et les Jambes », créé par l'Institut de Communication et d'Information sur le Cancer (ICIC), ce raid solidaire au titre volontairement provocateur a été baptisé « Faut pas crever ». Pour le Dr Stephen Ellis*, président de l'ICIC, président Onco-PO, Centre Catalan d'Oncologie, « au-delà de la performance sportive, il s'agit d'une aventure humaine que nous préparons avec nos patients depuis un an. Cette course cycliste s'inscrit dans le mouvement, la dynamique plutôt que dans la résignation. » Tout au long des 12 étapes, les sportifs traverseront six départements de Menton à Perpignan (les Alpes-Maritimes, le Var, les Bouches-du-Rhône, l'Hérault, l'Aude et les Pyrénées-Orientales), soit 50 à 60 km par jour.
Une traversée du cancer
Pour relever le défi, les patients encore en cours de traitement décaleront d'une semaine leur cure par voie intraveineuse, ou prendront une chimiothérapie orale. « Cette course est une "traversée du cancer", avec des hauts et des bas, des pentes et des descentes, qui font écho à la difficulté des traitements » avance l'oncologue-radiothérapeute. En pédalant dans ces beaux paysages méditerranéens, les participants avanceront dans la course, un peu comme dans leur maladie. « Ils vont sentir qu'ils vont en sortir, poursuit-il. Mais entre-temps, il leur faudra passer par des difficultés comme un mal aux jambes et de la fatigue. Ces patients ne vont jamais traverser cette épreuve seuls : ils vont être soutenus et tirés vers l'avant. Quand l'un faiblira, le groupe ralentira. Une main se tendra et le peloton repartira. »
Pour le praticien, un cancer bouleverse non seulement l'existence du patient mais également celle des proches. Il aura aussi un impact sur tout l'environnement social et professionnel de la personne. « Quand le cancer surgit dans la vie d'un patient, il la fracture. Avant, il y avait la vie. Après, il y a la maladie. Les soins de support permettent de rétablir une continuité et d'atténuer cette sensation de fracture en redonnant de la confiance au corps et en rehaussant l'estime de soi » décrit-il. L'objectif : permettre une traversée de la maladie optimisée et accompagnée.
En effet, loin des structures médicalisées, la maison « La Tête et les Jambes », créée par le Dr Ellis et l'association ICIC, défend une médecine humaniste qui considère le patient dans son entièreté. Plus qu'un simple défi sportif, « Faut pas crever » prolonge la mission portée toute l'année par l'association : accompagner les personnes touchées par le cancer dans leur reconstruction physique, psychologique et sociale, et leur permettre de redevenir pleinement actrices de leur vie.
Avant ce défi solidaire, l'ICIC avait déjà été l'initiateur d'autres initiatives comme des ateliers d'écriture organisés par un art-thérapeute, qui ont donné naissance à une pièce de théâtre dont la photo souvenir a été immortalisée par le photographe Yann Arthus-Bertrand. Chaque année, l'association organise dans plusieurs villes de France les Printemps de la cancérologie, des journées d'information gratuites et ouvertes à tous, où oncologues, chirurgiens et professionnels des soins de support viennent répondre aux questions du public sur la prévention, le dépistage et la prise en charge des cancers.
*Auteur de « Soigner l'homme derrière la maladie », Éditions L'Harmattan, parution octobre 2026.