Le lymphome folliculaire (LF) est le deuxième lymphome B non hodgkinien en termes d’incidence et le principal lymphome indolent. En France, le traitement de première ligne repose classiquement sur une immunochimiothérapie de type R-CHOP, suivie d’un entretien par Rituximab pendant deux ans, à la suite des résultats de l’essai PRIMA1. En situation de rechute, une stratégie chemofree est privilégiée : l’association Rituximab-Lénalidomide (R2), dont les résultats actualisés à 5 ans (essai AUGMENT) ont récemment été rapportés2. Toutefois, cette doublette ne permet d’obtenir une réponse complète que chez environ la moitié des patients.
L’Epcoritamab est un anticorps bispécifique dirigé contre CD3 et CD20. Nous rapportons ici les résultats de l’essai de phase III randomisé EPCORE FL-13, qui comparait l’association Epcoritamab-R2 au standard R2 chez des patients atteints d’un LF en rechute ou réfractaire (R/R). Les critères d’inclusion étaient un LF de grade 1 à 3a, CD20 positif. Les patients devaient avoir bénéficié d’au moins une ligne de traitement et présenter et un stade d’Ann Arbor ≥ II.
Dans les deux bras, le schéma R2 suivait celui de l’essai AUGMENT : Rituximab 375 mg/m² par voie intraveineuse, chaque semaine lors du premier cycle puis une fois par mois jusqu’au cycle 5, en association au Lénalidomide per os à la dose de 20 mg/j de J1 à J21, pendant 12 cycles. Dans le bras expérimental, l’Epcoritamab était administré à la dose de 48 mg une fois par semaine pendant les trois premiers cycles, puis une fois par mois du cycle 4 au cycle 12, après une phase de montée en dose. Durant celle-ci, une prophylaxie par Dexaméthasone était utilisée pour prévenir le syndrome de relargage cytokinique (CRS).
Entre 2022 et 2025, 488 patients ont été inclus, répartis entre le bras Epcoritamab-R2 (n = 243) et le bras R2 (n = 245). Les caractéristiques initiales étaient équilibrées entre les deux groupes. L’âge médian des patients était de 61 ans (50–71) et 34 % étaient réfractaires à la première ligne de traitement.
Les deux critères principaux de jugement étaient le taux de réponse globale (TRG) et la survie sans progression (SSP). Avec un suivi médian de 14,8 mois, l’étude a atteint ses objectifs. Le TRG était significativement supérieur dans le bras Epcoritamab-R2 par rapport au bras R2 : 95 % versus 79 % (p < 0,0001). Cette différence était encore plus marquée pour le taux de réponse complète, qui atteignait 83 % dans le bras expérimental contre 50 % dans le bras contrôle (p < 0,0001). La SSP était également significativement améliorée avec l’association Epcoritamab-R2 : la médiane n’était pas atteinte, contre 11,7 mois dans le bras R2 (HR = 0,21 ; IC95 % : 0,14–0,31). La survie globale n’était pas atteinte dans les deux groupes.
Cette efficacité accrue s’accompagnait toutefois d’une toxicité plus importante dans le bras expérimental, en particulier sur les plans hématologique et infectieux. Les neutropénies de grade 3-4 étaient plus fréquentes avec Epcoritamab-R2 (69 % versus 42 %), de même que les infections, tous grades confondus (77 % versus 53 %) et de grade 3-4 (33 % versus 15 %). Par ailleurs, 35 % des patients traités par Epcoritamab ont présenté un CRS au cours de la phase de montée en dose, mais aucun de grade 3-4.
En conclusion, l’ajout de l’Epcoritamab à l’association Rituximab-Lénalidomide apparaît comme une stratégie particulièrement prometteuse dans le traitement du lymphome folliculaire en rechute ou réfractaire. Cette combinaison semble permettre un gain net d’efficacité, au prix toutefois d’une augmentation de la toxicité, qu’il conviendra de surveiller étroitement.
Figure 1 : Survie sans progression (SSP) des patients du bras expérimental (courbe bleue) et du bras contrôle (courbe rouge)
Références :
- Salles G, Seymour JF, Offner F, et al. Rituximab maintenance for 2 years in patients with high tumour burden follicular lymphoma responding to rituximab plus chemotherapy (PRIMA): a phase 3, randomised controlled trial. Lancet. 2011;377(9759):42-51. doi:10.1016/S0140-6736(10)62175-7
- Leonard JP, Trněný M, Zhang H, et al. Lenalidomide Plus Rituximab for Relapsed/Refractory Indolent Non-Hodgkin Lymphoma: 5-Year Follow-Up and Subgroup Analyses From the Phase III AUGMENT Trial. J Clin Oncol. Published online April 16, 2026. doi:10.1200/JCO-25-01770
- Falchi L, Nijland M, Huang H, et al. Epcoritamab, lenalidomide, and rituximab versus lenalidomide and rituximab for relapsed or refractory follicular lymphoma (EPCORE FL-1): a global, open-label, randomised, phase 3 trial. Lancet. 2026;407(10524):161-173. doi:10.1016/S0140-6736(25)02360-8