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Interception : la France expérimente le dépistage personnalisé par le risque individuel

Publié le 21 avr. 2026

Interception : la France expérimente le dépistage personnalisé par le risque individuel

Et si l'on pouvait identifier les personnes susceptibles de développer un cancer avant que la maladie ne s'installe — non pas en les soumettant tous aux mêmes examens, mais en adaptant la surveillance à leur profil biologique propre ? C'est exactement la logique du programme Interception, et elle vient de franchir une étape décisive.

Le 31 mars 2026, un arrêté publié au Journal Officiel a officialisé le lancement de l'expérimentation nationale Interception, dotée d'un financement de 6 millions d'euros sur quatre ans jusqu'en 2030, dans le cadre du dispositif article 51 de la Loi de Financement de la Sécurité Sociale [1].

 

Le constat qui a tout déclenché

Le programme Interception est né d'une observation troublante : près de 40 % des cancers surviennent chez des personnes qui auraient pu être identifiées comme présentant un risque accru au cours des cinq à dix années précédant leur diagnostic [5, référence Islami et al., CA Cancer J Clin. 2024 ; Rebbeck et al., Cancer Discov. 2018]. Autrement dit, une large fraction des cancers diagnostiqués chaque année survient chez des personnes dont le profil de risque était déjà repérable — mais que rien dans le système de dépistage actuel ne permettait de prioriser. Face à ce constat, Gustave Roussy a imaginé dès 2021, sous l'impulsion de la Dr Suzette Delaloge, un modèle radicalement différent : non plus un dépistage standardisé appliqué à l'ensemble de la population, mais un suivi individualisé fondé sur le risque réel de chaque patient [2].

 

Quels cancers sont concernés ?

Le programme propose huit parcours ciblés de prévention, déterminés selon le risque individuel de chaque patient [5] : haut risque de cancer du sein, cancer du poumon lié au tabac, cancer du côlon, cancer du pancréas, prédispositions héréditaires au cancer du sein/ovaire et syndromes de Lynch, ainsi que les personnes ayant été exposées dans l'enfance à de la chimiothérapie ou de la radiothérapie.

 

Comment ça fonctionne concrètement

Le médecin traitant utilise Scorisk, un algorithme sous forme de questionnaire en ligne, pour évaluer le score de risque individuel de son patient à partir de données multiples : situation personnelle, antécédents familiaux, expositions aux facteurs de risque [5]. Si un risque augmenté est confirmé, le patient est orienté vers une "journée OneStop" dans l'un des centres partenaires : consultations spécialisées, ateliers de sensibilisation, et élaboration d'un Plan de Prévention Personnalisé (PPP). S'ensuit un suivi coordonné avec le médecin traitant, qui peut inclure des modules d'addictologie et de nutrition selon les besoins [5]. En cas de suspicion ou de diagnostic de cancer, une prise en charge précoce est proposée via une hotline dédiée.

 

Sept centres, toute la France

L'expérimentation est déployée dans sept établissements de tous statuts, couvrant l'ensemble du territoire [1, 5] : Gustave Roussy (Villejuif), Centre Léon Bérard (Lyon), Centre Eugène Marquis (Rennes), Sainte-Catherine – Institut du Cancer Avignon-Provence, Institut Bergonié (Bordeaux), Polyclinique du Parc Elsan (Saint-Saulve) et CHU de La Réunion (Saint-Pierre). Elle s'appuie sur une dynamique multipartenariale associant la Fédération nationale de la Mutualité Française, l'association Patients en réseau, et de nombreux acteurs de ville (CPTS, URPS, DAC, maisons de santé pluriprofessionnelles) [5].

L'expérimentation nationale vise à proposer à plus de 6 400 personnes un parcours de prévention personnalisé adapté à leurs risques [5], dans le cadre d'une collaboration étroite entre médecine de ville, centres experts et médecins traitants [3]. Ce programme s'inscrit pleinement dans la feuille de route 2026–2030 de la Stratégie décennale de lutte contre les cancers [6]. C'est peut-être là que se jouera la prochaine grande victoire contre le cancer : non pas dans le traitement, mais dans la prévention elle-même.

 

Références bibliographiques

[1] Arrêté relatif au lancement de l'expérimentation Interception. Journal Officiel de la République Française, 31 mars 2026. Disponible sur :https://www.legifrance.gouv.fr

[2] Gustave Roussy. Interception reçoit un financement de 6 millions d'euros. Communiqué de presse, 3 avril 2026. Disponible sur :https://www.gustaveroussy.fr/fr/interception-recoit-un-financement

[3] La1ère / France Info Outre-mer. Cancers : un programme de prévention pilote à La Réunion. 3 avril 2026. Disponible sur :https://la1ere.franceinfo.fr/cancers-un-programme-de-prevention-pilote-a-la-reunion

[4] Gustave Roussy. La prévention du cancer avec Interception — Parcours. Disponible sur :https://www.gustaveroussy.fr/fr/interception-parcours

[5] Unicancer. Unicancer se félicite du lancement de l'expérimentation nationale du programme Interception. Communiqué de presse, 13 avril 2026. Disponible sur :https://www.unicancer.fr/fr/communique-de-presse/lancement-du-programme-interception

[6] Institut National du Cancer (INCa). Feuille de route 2026–2030 de la Stratégie décennale de lutte contre les cancers. Février 2026. Disponible sur :https://www.cancer.fr

[7] Islami F, Marlow EC, Thomson B et al. Proportion and number of cancer cases and deaths attributable to potentially modifiable risk factors in the United States, 2019. CA Cancer J Clin. 2024;74(5):405-432. doi: 10.3322/caac.21858. PMID: 38990124

[8] Rebbeck TR, Burns-White K, Chan AT et al. Precision Prevention and Early Detection of Cancer: Fundamental Principles. Cancer Discov. 2018;8(7):803-811. doi: 10.1158/2159-8290.CD-17-1415. PMID: 29907587

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