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L'immunothérapie sous cutanée

Publié le 7 avr. 2023

L'immunothérapie sous cutanée

La peau est une enveloppe, qui recouvre notre corps. Elle représente 1/3 du poids du corps humain et possède une surface d’environ 2 m2chez l’adulte. Elle joue un rôle essentiel dans la protection contre les agressions, les mécanismes de régulation thermique et métaboliques, la cicatrisation et le système sensoriel.

Elle est constituée de trois grandes parties :

L’épiderme, ou couche superficielle, protège l’organisme contre les agressions extérieures.

Le derme est un tissu de soutien et de nutrition pour l’épiderme. Le derme est un tissu conjonctif dense, complexe et richement vascularisé. Le derme est constitué de cellules baignant dans une matrice intercellulaire. Cette matrice est constituée de protéines fibreuses baignant dans la substance fondamentale (composée d’acide hyaluronique et de protéoglycanes). L’acide hyaluronique retient l’eau de la matrice, assurant ainsi la tonicité de la peau.

L’hypoderme sépare le derme des muscles et des os sous-jacents. Il est formé d’un tissu conjonctif lâche contenant des cellules adipeuses et graisseuses.

L’immunothérapie par voie sous-cutanée se base sur les progrès réalisés sur l’enzyme hyaluronidase, découverte en 1929. Elle est aujourd’hui synthétisée sous forme d’une protéine recombinante humaine. L’injection d’une enzyme endogène permet un gain de sécurité puisqu’il y a une absence de réaction inflammatoire, tissulaire et immunitaire. Sans l’utilisation de cette enzyme, le volume maximal injectable est de 1 à 2 mL et peut provoquer des douleurs et un gonflement. La hyaluronidase, de par son action lysant l’acide hyaluronique, permet l’injection d’un plus grand volume (10-15 mL). L’acide hyaluronique, une fois lysé, facilite la diffusion du produit dans le derme. Cette modification de la structure du derme est d’une durée de 1 à 2 jours.

 

L’étude FeDeriCa a recherché la correspondance entre une prise en intraveineuse (IV) et l’injection en sous-cutanée (SC) de pertuzumab et trastuzumab à dose fixe en association à une chimiothérapie dans le cancer du sein précoce HER2+. Les concentrations chez les patientes traités par association en sous cutanée étaient toutes supérieures à la concentration thérapeutique requise. Une analyse de l’efficacité a démontré une même réponse pathologique. Les effets indésirables de grades 3 à 5 sont apparus chez la moitié des patients des deux groupes mais n’ont pas exigé un retrait des patientes de l’essai, suggérant une bonne tolérance au traitement. Les résultats de cette étude rétrospective confirment la faisabilité et la tolérance du traitement de ces patientes au domicile.

L’étude Appolo(Phase III), a montré une amélioration des taux de réponse globale supérieure avec l’association du daratumumab (en sous cutané) au pomalidomide et à la dexaméthasone de l’ordre de 51% contre 20% pour le groupe sous pomalidomide et dexaméthasone dont 6 fois plus de réponse complète. La prévention d’une rechute du myélome multiple avec le daratumumab correspond à une réduction de 37% du risque en comparaison au pomalidomide et à la dexaméthasone seul. On observe également des taux d’abandon du traitement dus à l’apparition d’effets indésirables similaires entre les deux groupes de patients.

Dans l’étude IMscin001 (Phase III), il y a eu une comparaison entre l’administration de l’atézolizumab par voie IV et sous-cutané dans le traitement du cancer bronchopulmonaire non à petite cellules. Il a été mis en avant qu’il y avait une efficacité et une sécurité identique entre les deux voies d’administration. L’utilisation de la voie sous cutanée permet une injection du produit sans avoir à passer par la voie veineuse et ainsi, conserver le capital veineux du patient. Il a été remarqué une amélioration de la qualité de vie des patients. Les patients ont dit avoir apprécié de pouvoir moduler leurs horaires et les rendez-vous, ce qui leur a permis de rendre plus compatible leur traitement et leur vie personnelle ou professionnelle.

 

Lors d’un changement de mode d’administration, il est important que le patient soit accompagné et bénéficie d’explications pour lui permettre une meilleure adhésion et une bonne compréhension du traitement. L’administration dure entre 10 à 15 minutes, il est important de créer un moment d’échange pour laisser le patient s’exprimer et poser ses questions autant qu’il le souhaite. La discussion lors de l’injection a aussi montré un bénéfice dans la diminution de la douleur car le patient défocalise son attention.

L’apparition dans le parcours de soins de ces nouvelles voies d’administration tend à développer une prise en charge à domicile du patient. La coordination du lien-vile hôpital va devoir être renforcé. Les professionnels de santé en ville (médecin généraliste, infirmier(e) libéral(e) et pharmacien) et les professionnels hospitaliers devront collaborer pour permettre au patient de conserver la sécurité et l’efficacité de la prise en charge, malgré la diminution de la durée des traitements à l’hôpital. Ce lien ville-hôpital peut être maintenu par l’implication d’un(e) infirmier(e) de coordination et l’utilisation de solutions digitales afin d’anticiper les problématiques du patient et d’éviter ainsi une hospitalisation. Ce dispositif a déjà montré une plus-value dans l’alerte des effets indésirables et dans la réévaluation rapide des soins de support.

Sources :

Shpilberg, BJC, 2013

Dimopoulos, The Lancet, 2021

Burotto Pichun, Annals of Oncology, 2022

Tan, The Lancet, 2021

D’après la conférence du Dr Mario DI PALMA de la 26ème journée des RIO

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