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Lymphomes B agressifs : la chronobiologie au service des CAR-T cells ?

Publié le 8 juil. 2026

Lymphomes B agressifs : la chronobiologie au service des CAR-T cells ?

CAR-T cells et rythme circadien : un nouveau paramètre à optimiser ?

Et si l’efficacité d’un traitement ne dépendait pas seulement de sa nature, mais aussi du moment auquel il est administré ? Longtemps restée à la marge des stratégies thérapeutiques, la chronobiologie, l’étude des rythmes biologiques, suscite un intérêt croissant en oncologie. Le rythme circadien pourrait en effet moduler plusieurs dimensions de la réponse immunitaire, notamment antitumorale. Sur le plan préclinique, ces observations pourraient s’expliquer par des variations circadiennes de l’immunité T, en particulier des lymphocytes T CD8+. Dans ce contexte, il paraît légitime de s’interroger sur l’impact potentiel de l’horaire d’administration des CAR-T cells, thérapie cellulaire qui a profondément modifié la prise en charge des lymphomes B agressifs.

Chronobiologie des CAR-T 

Luan et al rapportent les résultats d’une étude rétrospective multicentrique évaluant l’association entre l’heure d’infusion des CAR-T cells et le devenir de patients atteints de lymphome à grandes cellules B². Entre 2017 et 2025, 1052 patients traités par axi-cel, tisa-cel ou liso-cel dans sept centres ont été inclus. L’âge médian était de 66 ans, et 57 % des patients avaient bénéficié de l’axi-cel. L’heure médiane d’infusion était 11 h 48. Les patients ont été répartis en deux groupes selon l’horaire d’administration : « early », avant midi, et « late », à partir de midi. Les caractéristiques initiales étaient globalement équilibrées entre les deux groupes, à l’exception notable d’un taux de LDH plus élevé dans le groupe « late » (p = 0,001) et d’un recours moins fréquent à une thérapie de bridging avant l’infusion (p < 0,001).

Ce que montrent les résultats de Luan et al

Le critère principal de l’étude portait sur la survie sans progression (SSP), avec une analyse également de la survie globale (SG). À un an, la SSP était significativement meilleure dans le groupe « early » que dans le groupe « late » : 51,4 % contre 35,2 %. En revanche, la SG à un an était similaire entre les deux groupes, estimée respectivement à 54,3 % et 55,8 %. L’administration matinale des CAR-T cells était également associée à une incidence cumulée de rechute plus faible (p = 0,027). Aucun signal de surtoxicité spécifique n’a été observé selon l’horaire d’infusion, notamment concernant le syndrome de relargage cytokinique (CRS) ou la neurotoxicité de type ICANS.

Sur le plan biologique, il est intéressant de noter que l’expansion des CAR-T cells à J7 diminuait de 12 % pour chaque heure supplémentaire de délai dans l’administration. Par ailleurs, les marqueurs inflammatoires, notamment la ferritine et l’IL-6, étaient plus élevés dans le groupe « late ». En revanche, aucune différence significative n’était observée concernant les taux de lymphocytes T CD3+, CD4+ ou CD8+ à J30 et J100. Ces données suggèrent qu’une administration plus tardive pourrait être associée à un environnement inflammatoire moins favorable et à une expansion initiale moins efficace des CAR-T cells.

Limites et perspectives : la chronobiologie, une piste à confirmer avant d'être adoptée

L’interprétation de ces résultats doit toutefois rester prudente. Le caractère rétrospectif de l’étude expose à des biais de confusion importants. Le groupe « late » présentait notamment plusieurs marqueurs indirects de maladie plus agressive, avec une proportion plus élevée de patients ayant des LDH augmentées (51,9 % contre 41,3 %) et un délai plus court entre le diagnostic et le traitement par CAR-T cells (11 contre 13 mois). Il est donc difficile d’affirmer que l’horaire d’infusion constitue, à lui seul, un facteur causal du meilleur contrôle de la maladie.

Malgré ces limites, cette étude ouvre une piste simple, pragmatique et potentiellement peu coûteuse d’optimisation des traitements par CAR-T cells. La chronobiologie pourrait devenir une variable clinique à intégrer dans les protocoles de thérapie cellulaire, à condition que ces résultats soient confirmés prospectivement. À l’heure où les innovations thérapeutiques reposent souvent sur des stratégies complexes et onéreuses, l’idée qu’un simple ajustement du moment d’administration puisse influencer l’efficacité mérite clairement d’être explorée.

Figure 1 : Survie sans progression (A) et survie globale (B) des patients traités par CAR-T cells selon l’horaire d’administration matinale (courbe bleue) ou l’après-midi (courbe rouge). Luan D, et al. Blood. 2026;147(12):1315-1322.



Luan D, Ben Valid O, Beyar-Katz O, et al. Time of day of CAR T-cell infusion and outcomes in large B-cell lymphoma. Blood. 2026;147(12):1315-1322. doi:10.1182/blood.2025031476
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