La prise de poids au cours et après le traitement du cancer est un sujet moins abordé que la perte de poids et la dénutrition plus régulièrement évoqués. Pourtant, chez certains patients, notamment ceux touchés par une maladie à évolution lente, tels que le cancer du sein ou de la prostate, le phénomène inverse peut être observé.
Quand les traitements font prendre du poids
Causée par de multiples facteurs, la prise de poids impacte la qualité de vie des patients, leur image corporelle et leur pronostic dans certaines situations. Trois types de traitements seraient impliqués : la chimiothérapie dans le cancer du sein, les traitements anti-hormonaux utilisés contre le cancer du sein et de la prostate ainsi que la corticothérapie.
Un phénomène multifactoriel encore mal compris
Il existe un décalage entre la réalité et la perception des patients. Selon une méta-analyse de Vance et collaborateurs de 2011, entre 50% et 96% des femmes prennent du poids après leur traitement, avec un gain moyen entre 2,5 et 6,2 kg, mais seulement 27% des femmes sont préoccupées par cette prise de poids lors du début du traitement.
Les études menées jusqu'à présent ne permettent pas d'identifier les facteurs de risque de façon claire et précise.
Néanmoins, de nombreuses études montrent que la chimiothérapie a un impact plus significatif que les traitements anti-hormonaux. Cet effet pourrait notamment s'expliquer par la diminution du métabolisme de base induite par le traitement. L'âge des patientes semble potentiellement jouer un rôle clé. Les femmes les plus jeunes paraissent être davantage à risque, bien que ce point soit encore l'objet de débats. La ménopause, induite par les traitements, peut provoquer des bouleversements hormonaux favorisant la prise de poids lorsqu'elle survient dans l'année suivant les soins.
Activité physique, alimentation et soutien psychologique : des leviers clés
Les traitements administrés, et les traitements hormonaux engendrent souvent une grande fatigue ainsi que des douleurs articulaires. Par conséquent, la réduction de l’activité physique constitue un facteur à prendre en compte dans la prise de poids. Les corticoïdes, fréquemment prescrits, sont un facteur aggravant. Enfin, les aspects psychologiques tels que le stress, l'anxiété ou la dépression liés au diagnostic et au traitement sont susceptibles de modifier les comportements alimentaires et d’influencer le mode de vie.
Adopter un mode de vie actif est fondamental en combinant endurance, aérobie et musculation pour prévenir la prise de poids.
Cependant, la prise de poids n'est ni systématique ni inévitable. Avec une bonne anticipation et une prise en charge adaptée, il est possible de la limiter en agissant sur la surveillance pondérale, une alimentation équilibrée, de l'activité physique adaptée et du soutien psychologique.
Le rôle clé des soignants dans l’équilibre après cancer
Les soignants ont un rôle essentiel à jouer auprès des patients, en assurant un suivi régulier du poids pour détecter toute évolution significative, en les sensibilisant adopter une alimentation équilibrée et à pratiquer une activité physique Par ailleurs, il est fondamental de rassurer les patients en leur expliquant que ces actions ont un véritable effets sur leur hygiène de vie. Enfin, des ressources adaptées telles que le parcours après cancer de l’ARS, le réseau onco-diète ou la Ligue contre le cancer existent lorsqu'un accompagnement plus spécifique est nécessaire.
L’objectif n'est pas d'imposer une perte de poids, mais plutôt d'aider chaque patient à retrouver un équilibre durable en leur offrant les outils adaptés et un accompagnement bienveillant, afin de se réapproprier leur corps et leur santé.