La 64ème édition de l'ASH s'est déroulée du 10 au 13 décembre 2022 à la Nouvelle Orléans aux États-Unis. Congrès clef de l'hématologie au niveau international, de nombreux médecins et laboratoires s'y sont retrouvés pour présenter de nombreux résultats d'études et discuter de la stratégie thérapeutique de certaines pathologie.
NetCancer a fait appel à deux experts, les professeurs Philippe Moreau et Gilles Salles pour revenir sur les temps forts de l'ASH 2022 et autres actualités en hématologie lors de deux webinaires organisés le 19 janvier et 6 février dernier.
Médecin spécialisé en hématologie clinique au CHU de Nantes et également professeur de médecine à l’université de Nantes. Spécialiste du myélome multiple, il est reconnu comme expert par ses pairs à l’international. Il a notamment reçu le prix Robert A. Kyle en 2018 pour l’ensemble de ses travaux et figure parmi les 1% des chercheurs mondiaux les plus cités tous domaines de recherche confondus d’après le rapport de Clarivate Analytics depuis 2016 avec plus de 600 publications. Le Pr Moreau est actuellement président de l’Intergroupe Francophone du Myélome (IFM) et co-fondateur de l’HéMA.
Hématologue et chef du service lymphome du Memorial Sloan Kettering Cancer Center à New York. Expert international dans le domaine avec une expertise particulière sur le lymphome diffus à grandes cellules B, le lymphome folliculaire et autre lymphome à cellules B. Il a notamment reçu le prix José Carreras en 2020 pour ses travaux de recherches en hématologie et a reçu le titre de Chevalier de l’Ordre du Mérite en 2016. Il est l’auteur de plus de 500 publications dont plus de 400 sur les lymphomes. Le Pr Salles est membre de plusieurs sociétés savantes telles que la Société Américaine d’Hématologie (ASH) et la Société Américaine d’Oncologie Clinique (ASCO).
Replay du webinaire
Retrouvez le replay de nos deux sessions combinées du webinaire Review Hémato ci-dessous.
https://vimeo.com/803847639/76b5d40e98
Questions/Réponses
Nos experts ont répondus à de nombreuses questions lors de nos deux sessions, retrouvez l'essentiel dans le replay et ainsi que quelques questions bonus ci-dessous.Question : Après l’autogreffe, une maintenance avec du lénalidomide est réalisée pendant 3 ans. Vous confirmez que, même en cas de bonne tolérance, il n’est pas recommandé de prolonger cette maintenance au-delà de ces 3 années ?
Pr Moreau : Effectivement, ce sont les recommandations actuelles de l’IFM.
Question : Avec l’arrivée des nouvelles molécules/innovations, faut-il encore auto-greffer un patient en rechute précoce d’un lymphome folliculaire ?
Pr Salles : C’est en effet une question importante pour laquelle nous n’avons de réponse précise. Lorsque l’on était dans un temps où on avait essentiellement la chimiothérapie, le rituximab ou l’obinutuzumab, on avait tendance à greffer les patients qui rechutaient car c’était les standards of care. On a commencé à avoir des doutes sur le bénéfice de cette attitude sur un papier qu’on a réalisé sur les rechutes de l’étude PRIMA avec le Dr Clémentine Sarkozy, publié il y a quelques années. Ce papier montrait que lorsque les patients rechutaient mais n’avaient pas de transformations histologiques la survie des patients autogreffés vs non autogreffés était similaire. Il y avait un intervalle libre plus long lorsque l’on réalisait l’autogreffe mais pas d’amélioration de la survie et il faut également prendre en compte les effets à long terme de l’autogreffe après chimiothérapie. Inversement c’est une indication qui est assez formelle chez les patients qui transforment, bien que les CAR-T posent maintenant des questions. Je crois donc que ce sont des patients dont il faut discuter le cas en RCP : s’ils sont transformés, très clairement il faut leur proposer un traitement ostensif, il faut donc biopser tous ces patients lorsqu’ils sont en rechutes précoces pour cela. S’ils ne sont pas transformés, nous par exemple on n’autogreffe pas ces patients en routine et avant que je parte à Lyon on avait diminué le nombre d’autogreffes chez ce type de patient sauf quand ils étaient bulky et autre et qu’ils avaient d’autres critères péjoratifs.
Question : Au vu de l’essai autogreffe vs CAR-T dans les lymphomes de haut grade, on diminuera aussi peut-être le nombre d’autogreffes en rechute dans ces lymphomes ?
Pr Salles : Il est clair que la plupart des rechutes arrivent dans la 1ère année, on n’autogreffe plus ces patients aux États-Unis, et je pense que dès que l’AMM sera délivrée en Europe ça sera également le cas. Ce qui est important, outre le bénéfice en terme PFS, qui reste majeur, et l’absence de bénéfice en OS qui tient du fait que les patients peuvent recevoir les CAR-T en 3ème ligne, c’est que la tolérance chez ces lymphomes B à grandes cellules des CAR-T vs autogreffe est meilleure. Je ne sais pas ce qu’il en sera dans le myélome, il me semble qu’il y a des études planifiées pour répondre à la question autogreffe vs SOC des patients éligibles en 1ère ligne, alors même que les quadruplettes viennent challenger cela.
Pr Moreau : C’est vrai que les CAR-T dans le myélome sont approuvées. Pour le moment, deux sont approuvés pour le moment et ciblent BCMA : Cilta-cell et Ide-cell seulement chez les patients ultra avancés. Maintenant on remonte l’utilisation des CAR dans l’histoire de la maladie. On va entendre très bientôt parler de l’essai KarMMa-3 qui les teste chez les patients en rechute ou réfractaires vs chimiothérapie conventionnelle et on va entendre aussi parler de l’essai CARTITUDE-4 dont un press release très récent vient de nous dire que le résultat était positif. Donc les CAR-T vont être utilisés 1 à 3 lignes de traitement antérieurs, dès la rechute précoce. Il va même y avoir un essai commençant très prochainement et qui s’appelle CARTITUDE-6 où l’on va comparer une quadruplette suivi de CAR-T vs quadruplette suivi d’autogreffe avec un protocole assez bluffant si les résultats sont en faveur des CAR-T. Cela remettrait en cause les SOC qui sont pour le moment très bien établis par l’IFM.
Bon visionnage !