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Statut MSI/MMR dans le cancer colorectal métastatique : quand le diagnostic ne tranche pas, l’immunothérapie reste-t-elle accessible

Publié le 23 juin 2026

Statut MSI/MMR dans le cancer colorectal métastatique : quand le diagnostic ne tranche pas, l’immunothérapie reste-t-elle accessible

Dans le cancer colorectal métastatique, la détermination du statut MSI (instabilité microsatellitaire) ou MMR (système de réparation des mésappariements de l’ADN) est aujourd’hui essentielle. Les tumeurs MSI-H/dMMR sont particulièrement sensibles à l’immunothérapie, qui peut offrir des réponses durables et parfois spectaculaires.

Cependant, dans la pratique quotidienne, les résultats des tests ne sont pas toujours parfaitement interprétables. Des profils atypiques ou des résultats contradictoires peuvent compliquer la décision thérapeutique.

Une étude française sur dix ans de pratique réelle

Une étude rétrospective française, publiée le 21 juin dans la revue Cancers par l’équipe du Dr Benoist Chibaudel (Hôpital Franco-Britannique – Fondation Cognacq-Jay), éclaire une difficulté fréquente en pratique courante : que faire lorsque les tests de statut MSI/MMR ne donnent pas de réponse claire ?

Une discordance loin d’être marginale

Sur 727 patients atteints de cancer colorectal métastatique testés entre 2015 et 2025, le statut MSI/MMR s’est révélé conclusif dans 95,6 % des cas. Pour 4,4 % des patients, soit 32 personnes, le résultat est resté inconclusif : profils IHC atypiques, coloration équivoque, discordance entre sites tumoraux, ou désaccord entre tests tissulaires et biopsie liquide. Après arbitrage structuré (relecture anatomopathologique, tests moléculaires complémentaires, données génétiques), 22 des 32 patients inconclusifs, soit près de 7 sur 10, ont finalement été reclassés MSI : une discordance initiale cache donc plus souvent une véritable instabilité microsatellitaire qu’une simple anomalie technique.

Toutes les causes de discordance ne se valent pas

Quand la coloration IHC est franchement équivoque ou hétérogène, le verdict final est presque toujours MSS : les quatre cas de ce type ont tous été reclassés ainsi, suggérant une origine technique plutôt que biologique. À l’inverse, la perte isolée d’une seule protéine MMR (PMS2, MSH6 ou MLH1), retrouvée chez 15 des 691 tumeurs testées en IHC, s’est révélée nettement plus souvent révélatrice d’un authentique déficit MMR : 11 cas sur 14 confirmés MSI après tests complémentaires. Les neuf discordances tissu-sang observées ont, elles, toutes été reclassées MSI, le plus souvent grâce à un profilage génomique circulant ou une mutation germinale identifiée.

Réponse à l’immunothérapie selon le statut (54 patients MSI définitif vs 673 MSS définitif)

Accès à l’immunothérapie : 31 patients MSI (57,4 %) vs 24 patients MSS (3,6 %)

Taux de réponse complète : 48,4 % (MSI) vs 0 % (MSS)

Taux de réponse globale (ORR) : 71,0 % (MSI) vs 29,2 % (MSS)

Survie globale médiane : non atteinte (MSI) vs 19,3 mois (MSS)

 

Les patients dont le statut MSI n’a été établi qu’après arbitrage ont répondu à l’immunothérapie aussi bien que ceux identifiés MSI d’emblée, sans différence significative de survie. Sur le plan moléculaire, le profil MSI définitif est associé au sexe féminin, aux tumeurs du côlon droit, à un grade histologique élevé, à l’atteinte ganglionnaire et aux mutations BRAF V600E.

Ce que cela change concrètement

Les auteurs plaident pour des algorithmes diagnostiques standardisés : test réflexe systématique, second test obligatoire en cas de profil ambigu, et intégration plus large de l’ADN tumoral circulant lorsque le tissu fait défaut. Un résultat MSI/MMR douteux ne doit jamais être interprété comme un MSS par défaut, ni faire renoncer à l’immunothérapie sans exploration complémentaire.

Chibaudel B, et al. Diagnostic Challenges of Tumor Tissue and Circulating Microsatellite Status Assessment in Metastatic Colorectal Cancer and Their Impact on Access to Immunotherapy: A Real-World Retrospective Study. Cancers 2026, 18(12), 2006. https://doi.org/10.3390/cancers18122006

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