Un nouveau chapitre s'ouvre dans les conjugués anticorps-médicaments (ADC) de nouvelle génération.
Un anticorps, deux cibles : voilà ce qui rend l'iza-bren différent. C'est un ADC bispécifique, une famille encore jeune dans l'arsenal thérapeutique. Là où un ADC classique ne reconnaît qu'une seule cible à la surface de la cellule tumorale, l'iza-bren s'accroche simultanément à deux récepteurs, l'EGFR et HER3, tous deux très présents dans les cancers épithéliaux et souvent impliqués quand la tumeur devient résistante aux thérapies ciblées. Ce double accrochage aide le médicament à pénétrer plus efficacement dans la cellule tumorale, même quand celle-ci exprime peu de récepteurs, une limite qui freinait les ADC de première génération, parfois incapables d'atteindre toutes les cellules d'une même tumeur.
Les chiffres commencent à parler. Une étude portant sur 171 patients atteints d'un cancer du poumon non à petites cellules (CBNPC) avec mutation EGFR, regroupant les données de deux essais menés en Chine, BL-B01D1-101 (NCT05194982, phase I) et BL-B01D1-203 (NCT05880706, phase II), a été publiée en janvier 2026 dans Annals of Oncology. Il s'agit d'essais à un seul bras, c'est-à-dire que tous les patients reçoivent l'iza-bren, sans groupe de comparaison sous un autre traitement. Après un suivi de 20,5 mois en moyenne, l'iza-bren obtient 47,4 % de réponse, avec une survie sans progression de 6,9 mois et une survie globale de 24,8 mois. Ces résultats sont d'autant plus significatifs qu'ils concernent des patients déjà très traités, chez qui les TKI de l'EGFR et la chimiothérapie à base de platine ne fonctionnent plus, et pour qui il reste très peu d'options efficaces.
L'iza-bren ne s'arrête pas là. En juillet 2026, le Journal of Clinical Oncology publiait des résultats tout aussi prometteurs dans le cancer du poumon à petites cellules (CBPC) en rechute, issus de la cohorte d'extension de l'essai BL-B01D1-101 (NCT05194982, phase Ib, également à un seul bras, 52 patients, mené en Chine) : 72,7 % de réponse en 2ème ligne (22 patients). C’est un chiffre inédit pour cette maladie très agressive, où les traitements efficaces après la première ligne se font rares. La plupart des ADC en développement sur ce cancer ciblent des marqueurs neuroendocrines comme DLL3 ; l'iza-bren, lui, mise sur EGFR et HER3, une approche différente et potentiellement complémentaire.
Le 18 août 2026, le laboratoire chinois qui développe l'iza-bren (Sichuan Baili Pharmaceutical), a annoncé qu'un essai de phase III chinois, BL-B01D1-301 (Panku-Lung01, NCT06382116), avait atteint son critère principal, la survie sans progression, avec une tendance favorable sur la survie globale, dans cette même population, cette fois comparée directement à la chimiothérapie. C'est la première fois qu'un ADC bispécifique franchit cette étape en phase III dans le CBNPC. L'annonce reste toutefois sommaire : ni hazard ratio, ni chiffres précis n'ont été communiqués, seulement une déclaration par l’entreprise chinoise. Ces essais, tous menés en Chine, dessinent la trajectoire d'une molécule qui cible deux cancers pulmonaires avec un seul mécanisme. La confirmation à plus large échelle viendra de l'essai de phase III en cours, comparant l'iza-bren au topotécan (NCT06500026).
En parallèle, un essai distinct, BL-B01D1-LUNG-101 (NCT05983432), conçu comme l'extension internationale du programme, recrute lui activement en France, en Europe, aux États-Unis et au Japon, et inclut le CBPC. C'est par cette voie que des patients français pourraient accéder au traitement à court terme.
L'iza-bren a donc franchi une première étape prometteuse, mais sa place réelle dans l'arsenal thérapeutique se jouera dans les mois à venir, au fil des résultats des essais comparatifs.
L'avis d'expert :
« L’efficacité des ADC dans les CBNPC avec une altération oncogénique comme l’EGFR muté (après échec d’une thérapie ciblée) mais aussi dans les carcinomes à petites cellules a déjà été validée dans une population élargie. Les résultats essais de phase I et II de cet ADC iza-bren ont été confirmés par les annonces préliminaires de phase III. Ils montrent que ce médicament est plus efficace que la chimiothérapie conventionnelle. Il faudra cependant valider ces résultats sur les populations non chinoises. Et même dans ce cas, encore faudra-t-il déterminer à quel moment cette nouvelle molécule devra être placée dans les séquences thérapeutiques des patients avec un carcinome à petites cellules et si elle devra être administrée en association avec d’autres traitements.” Dr Jordi Remon, oncologue thoracique à Gustave Roussy
Références
Jeng MY, Riely GJ, et al. Izalontamab brengitecan (Iza-bren; BL-B01D1), a first-in-class EGFR-HER3 bispecific antibody–drug conjugate, for patients with EGFR-mutated NSCLC: pooled analysis of phase I and phase II trials. Ann Oncol. 2026;37(6):756-758. doi:10.1016/j.annonc.2026.01.009
Zhao Y, Zhao H, Wang Q, Yang K, Li Y, Fu Z, et al. Izalontamab Brengitecan (Iza-Bren), a First-in-Class EGFR-HER3 Bispecific Antibody-Drug Conjugate in Extensive-Stage Small Cell Lung Cancer: Results From a Phase Ib Study. J Clin Oncol. Publié en ligne le 24 juillet 2026. doi:10.1200/JCO-26-0024
APO|APE News Desk. Biokin's EGFRxHER3 Bispecific ADC Iza-bren Meets PFS Endpoint in China Phase 3 in EGFR-Mutant NSCLC. APO|APE News, 22 août 2026. https://apoapenews.com/articles/biokin-iza-bren-egfr-nsclc-phase-3-pfs/